prison

le 23 juillet 2010

Aujourd'hui, la 18ème Conférence de Vienne a, pour la première fois, consacré une séance plénière sur VIH en prison. 

Dmytro Shermebey, chef de file du réseau ukrainien des personnes vivant avec le VIH a ouvert la session. Il a parlé de son expérience personnelle de neuf ans passés dans une prison Ukrainienne. Pendant qu'il parlait, des images des prisonniers et des cellules de prisons étaient projetées sur le grand écran de la salle. Des espaces sombres remplis de jeunes, presque des adolescents, maigres aux bras fins comme des jambes d'araignée .... comme à Auschwitz.

En Ukraine prison signifie faim, manque d'hygiène, surpopulation, manque d'air. Il n'est pas surprenant que pour être en mesure de faire face à ces conditions, les prisonniers ont dû utiliser l'analgésique le plus puissant du monde: l'héroïne.

La réduction du risque, les traitements de substitution, les seringues stériles et les préservatifs ne sont pas disponibles dans les prisons d'Ukraine et dans la plupart des prisons du monde. Dmytro a raconté comment les seringues sont partagées par les prisonniers. Une aiguille en biseau affûtée sur une pierre pour être réutilisée plusieurs fois. Il n'est pas surprenant que la prévalence du VIH dans les populations carcérales mondiales est toujours beaucoup plus élevé que dans la population générale.

La séance d'aujourd'hui a montré clairement au monde que ces jeunes hommes étaient non seulement privés de leur liberté, mais aussi dépouillés de toute dignité, de nourriture et de soins, qui sont les droits humains fondamentaux. Dymitro a expliqué qu'il a survécu parce qu'il a combattu. Mais beaucoup de ses amis sont morts ou encore en prison.

"J'ai rencontré des femmes vivant avec le vih en prison en 2001 quand j'ai commencé à travailler pour Positively Women ( aujourd'hui, Pos UK )". La présentation de Dmytro a fait apprécier toutes les bonnes choses des prisons britanniques: en particulier l'accès aux thérapies antirétrovirales, la méthadone dans les prisons et au moins dans les prisons pour femmes anglaises peu d'entre elles étaient VIH + et elles pouvaient compter sur un soutien égalitaire. "Pourtant, je sais trop bien comment l'expérience de la prison surtout pour les femmes, soit traumatisante et anéantissante".

"Beaucoup des femmes que j'ai vu en prison ont eu un passé tragique, la toxicomanie, la violence - y compris la violence sexuelle - l'abandon, la négligence, la pauvreté sont des thèmes récurrents. Beaucoup d'entre elles souffrent de problèmes de santé mentale. La situation des femmes en prison, même au Royaume-Uni, est un problème gravement sous -estimé parce qu'aucune recherche ou étude ne sont faites. Pour des raisons de sécurité en prison tout est très surveillé. De mon expérience en tant que militant pour des centaines de femmes en prison, je peux dire que la prison est très difficile pour un quelconque corps, mais le plus grand fardeau est la terrible angoisse d'avoir à garder le secret du VIH : tout est beaucoup plus difficile.

Dans les prisons, au Royaume-Uni les femmes représentent une population en croissance rapide. Selon la réforme des prisons en Angleterre et au Pays de Galles en 2006, le nombre de femmes a augmenté de plus de 200% au cours des 10 dernières années par rapport à une augmentation de 50% du nombre d'hommes pour la même période. Actuellement, il y a plus de 4.200 femmes en prison au Royaume-Uni.

Cette augmentation au Royaume-Uni, suit les tendances mondiales vers une utilisation accrue de l'emprisonnement et une absence d'intérêt pour des alternatives constructives comme les peines non privatives de liberté, qui seraient particulièrement adaptées dans les cas d'infractions non-violentes ou consommation de drogues et de vol et qui permettraient un meilleur tratiement thérapeutique pour les auteurs de délits de drogue, en particulier. La détention a un lourd impact sur les femmes, pour plusieurs raisons.

Premièrement, les femmes sont souvent la seule ressource pour les enfants (surtout lorsque même le père est en prison). Leur emprisonnement et la séparation de leurs enfants peut provoquer de graves traumatismes psychologiques très difficiles à surmonter à la fois pour la mère que pour les enfants. Cela a des répercussions graves pour toute la communauté où vivent les enfants. Quand ils sont chef de famille, leur détention peut entraîner la perte de leur maison et en conséquence le déracinement des enfants et leur dépendance aux services sociaux. Comme il y a moins de prisons pour femmes, elles ont plus de probabilité de se retrouver dans une prison loin de leur ville de résidence et les visites de leur famille et de leurs amis deviennent extrêmement difficiles.

Les femmes en prison peuvent rencontrer un profond isolement qui a un effet sur la santé mentale, souvent déjà compromise. En outre, par le fait du manque de prisons, les femmes condamnées par un large éventail de délits ou crimes sont souvent emprisonnées ensemble. Cela signifie que l'ensemble du système carcéral sera déterminé par les exigences de sécurité maximale à haut risque. Dans l'ensemble, le système carcéral étant conçu pour traiter les détenus de sexe masculin et cela est, en réalité, une discrimination contre les femmes. Si l'on rajoute à ce sombre tableau le désolant obstacle de vivre avec le VIH qui est souvent diagnostiqué au cours de la détention, il est clair qu'il y a extrême urgence pour qu'une réforme carcérale radicale soit faite, qui tienne compte de l'équité des sexes et du droit à la santé. Une réforme globale de la justice pénale et du système pénitentiaire a été réclamée lors de la séance plénière par Manfred Nowak de l'ONU. Il a affirmé que: «La santé dans les prisons est santé publique».

Je félicite la IAS d'avoir dédié pour la première fois une séance plénière sur les violations des droits humains en prison. Quoi qu'il en soit j'espère que cela ne soit pas une séance unique et sans suite. Je crois qu'il est essentiel de discuter plus de la différence des sexes dans les prisons et comment elle accroît la vulnérabilité des femmes au VIH et à son incidence sur la santé physique et mentale. Nous en savons encore très peu sur ce sujet en particulier à l'échelle mondiale. Nous espérons en savoir plus à Washington en 2012".