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Le 1er janvier 2011

Le Foreign Policy fait le point sur sa crise et ce qu'elle devrait faire pour récupérer un rôle important

L'épidémie de choléra qui au cours des trois derniers mois a fait plus de trois mille morts en Haïti crée la polémique sur le rôle de l'Organisation mondiale de la Santé (OMS) - l'agence des Nations Unies spécialisée dans la santé - et de ses capacités réelles d'intervention dans les situations d'urgence.

Le Foreign Policy a abordé le sujet dans un long article intitulé "L'OMS est-elle en train de perdre sa pertinence?", dans lequel il analyse les raisons de l'inefficacité de son action et ce qu'elle devrait faire pour revenir à jouer un rôle décisif dans la lutte contre les maladies.


L'Organisation mondiale de la santé est aujourd'hui dépassée, sous-financée et politisée. Dans un monde de changements technologiques rapides, l'OMS se déplace à la vitesse de la bureaucratie. Ses conseils aux autorités de santé sont trop souvent embourbés par la nécessité du consensus. Les promotions sont des récompenses politiques. Pauvre en ressources, l'organisation a souvent été accusée d'être trop influencée par les grandes sociétés pharmaceutiques. Dans un monde où les Fondations, les ONG et le secteur privé sont en train de transformer la santé mondiale, l'OMS n'a pas été en mesure de s'adapter. Et il ne s'agit pas simplement du fait que l'OMS perde de son aura. Dans l'ensemble, cette myriade de dysfonctionnements lui font perdre de plus en plus de sa pertinence dans le contexte de la santé mondiale.

Selon l'analyse du Foreign Policy, la crise de l'OMS est à attribuer principalement à son incapacité de s'adapter à une réalité politique et historique qui est complètement différente de celle des années au cours desquelles elle a été instituée: l'OMS a été fondée le 7 avril 1948.

Des nouveaux médicaments, des nouveaux vaccins et des nouvelles méthodes de diagnostic ont permis de renforcer la profession médicale. Les gouvernements nationaux ne sont plus les seuls administrateurs de la santé publique, de nouveaux acteurs, aussi bien du secteur public que privé, sont devenus partie intégrante du scénario. Le Global Fund pour la lutte contre le sida, la tuberculose et le paludisme, par exemple, n'a que 8 ans d'existence et pourtant c'est lui qui pilote la lutte contre ces maladies.

La fondation de Bill Gates a révolutionné la santé mondiale, en investissant treize milliards de dollars dans la recherche sur les vaccins contre le paludisme, le sida et les traitements de la tuberculose. Même le gouvernement américain est devenu partie intégrante de ce changement, avec le lancement d'un programme de lutte contre le sida qui en dix ans a permis de traiter 3,2 millions de personnes avec un investissement total de 25 milliards de dollars. Ce qui différencie ces efforts de pionniers de l'OMS c'est qu'il s'agit d'interventions agiles, bien financées et moins freinées par la bureaucratie. Il est difficile de voir comment l'OMS pourrait les concurrencer. Avec ses ressources limitées, L'OMS est prise au piège: elle ne dicte plus l'agenda de la santé mondiale, se débattant pour chercher à survivre.

Un autre problème est celui du personnel, qui ne serait pas aussi bien préparé qu'autrefois.

La plus grande ressource de l'OMS était sa compétence objective, sa capacité à tirer des conclusions et de les diffuser rapidement de façon apolitique. Malheureusement, cette compétence est en train de disparaître.

Aujourd'hui, l'organisation a peu d'experts sur le cancer et le diabète, deux des maladies les plus diffuses dans un monde vieillissant. Son réseau d'experts en vih est en péril en raison du manque de fonds, et même si des fonds arrivaient, il y aurait toujours des obstacles. Les Nations Unies contraignent l'organisation à maintenir un équilibre linguistique et géographique qui peut gêner et ralentir le recrutement des experts. Et ceux qui ne sont pas recrutés par l'OMS sont rapidement intégré par les nouveaux acteurs dans le domaine de la santé mondiale.

Il y a ensuite un problème structurel, qui a tendance à ralentir toutes les activités et les décisions prises par l'OMS qui est dirigée par les 193 Etats membres à travers l'Assemblée mondiale de la Santé (WHA), convoquée annuellement en sessions ordinaires, au mois de mai.

L'Organisation mondiale de la santé n'est pas une entité unique, mais fonctionne comme une fédération composée de six bureaux régionaux, chacun dirigé par un directeur élu par les pays qui appartiennent à une région géographique comme l'Afrique ou le sud-est Asiatique. Ces six directeurs exercent leur autorité dans leurs domaines de compétence et parfois en contradiction et en concurrence avec le directeur du siège de l'organisation de Genève, compliquant les relations et la coordination.

Pour cela, selon le Foreign Policy, l'OMS devrait chercher à s'orienter vers une approche qui privilégie une plus grande indépendance d'action de chaque pays. À l'heure actuelle, en effet, le staff de l'OMS se limite à faire partie des divers ministères de santé plutôt que de renforcer l'action de son personnel au niveau local, à qui elle pourrait fournir des conseils opportuns, précis et réalisables où ils sont le plus nécessaire.

Et au lieu de simplement donner des conseils aux différents ministères de la Santé sur la façon de lutter contre le choléra à Haïti ou l'ebola en Afrique, elle pourrait conseiller beaucoup plus efficacement les ONG, aussi bien locales qu'internationales, qui sont déjà actives sur le terrain et qui combattent déjà ces épidémies. Ce qui lui permettrais aussi de créer des relations plus solides avec des organisations privées telles que Médecins sans frontières ou Partners in Health, qui travaillent dans le développement des programmes sanitaires d'avant garde. De cette façon, plutôt que de risquer d'être marginalisée et mise hors jeu par l'arrivée de nouveaux acteurs, elle pourrait réussir à les prendre sous son aile et donc de se renforcer.