Publié le vendredi 08 juin 2012 à 18H25

Les premières doses seront injectées en octobre prochain à 48 malades déjà infectés par le VIH

Ils seront 48. Quatre groupes de 12 malades, répondant aux critères, et évidemment volontaires pour participer à cette première. "Après un dernier test de toxicité, l’étude devrait démarrer à la mi-octobre à la Conception. Trois doses différentes de vaccin seront testées, le 4e groupe recevra un placebo. Les premiers résultats seront connus quelques mois plus tard", résume le Dr Erwann Loret, qui attend depuis… dix ans de pouvoir réaliser ces premières injections. Ce chercheur marseillais du CNRS, directeur de l’institut biologie structurale et de microbiologie de la Timone n’est autre que l’inventeur de la molécule anti-sida : un produit actif qui cible la protéine TAT, celle-là même qui empêche le système immunitaire des malades du sida de "nettoyer" l’organisme des cellules infectées.

En 2001, le vaccin mis au point à Marseille avait été injecté à 7 macaques. Un an après, les singes étaient volontairement infectés par le SHIV, un virus hybride entre VIH et SIH, le sida du singe. Résultat : "Après 56 jours, on ne décelait plus de cellules infectées chez les 7 macaques. Cela confirmait l’efficacité sur l’animal de ce vaccin, déjà expérimenté avec succès sur le lapin", explique le Dr Loret. Etudié par plusieurs équipes de chercheurs dans le monde, la piste TAT est actuellement l’une des plus sérieuses dans l’optique d’un vaccin à la fois préventif et curatif. "En 2006, notre principe actif à une nouvelle fois été testé à Harvard, dans le cadre d’une étude américaine sur le macaque. L’injection était un mélange de 15 principes actifs. Tous les singes ont vu leur virémie diminuer. Mais aucun des autres principes actifs utilisés n’ont donné de résultat séparément".

Le principe actif utilisé a déjà démontré son efficacité sur l'animal

La piste marseillaise semble donc plus que prometteuse. "D’autant que contrairement à d’autres vaccins décriés pour leur toxicité, le nôtre ne comporte pas d’adjuvant à base d’hydoxyde d’aluminium", précise Erwann Loret. Et pourtant, faute de financements, le chercheur a dû attendre plus d’une décennie pour poursuivre ses recherches en France (lire-ci dessous)! "Les gros laboratoires ne sont pas très motivés pour développer un vaccin contre le sida ; la trithérapie est plus rentable", regrette le chercheur. On comprend pourquoi, à quelques mois des premières injections, son équipe trépigne d’impatience. Prudent comme doit l’être un scientifique, Erwan Loret se refuse pourtant à crier victoire avant d’avoir obtenu une validation incontestable de son vaccin. "Surtout, il ne faut pas donner de faux espoirs aux malades".

Les 48 patients testés resteront dans un premier temps sous trithérapie. "Puis on leur proposera d’interrompre le traitement antirétroviral pendant deux mois, pour voir si le virus ne regagne pas du terrain dans leur organisme". À l’issue de cette première phase, qui doit durer environ un an, la dose optimale devrait alors être connue. Un deuxième test sera alors lancé sur 80 volontaires.

http://www.laprovence.com/article/a-la-une/sida-le-vaccin-marseillais-enfin-teste-sur-lhomme