savarino

Le 21 juin 2012

Une équipe de l'Institut Supérieur de la Santé ( Italie ) a mis au point un nouveau traitement qui « éduque » le système immunitaire à contrôler le virus en l'absence de traitement pharmacologique. Il s'agit d'un premier essai, mais les résultats sont prometteurs.

Un cocktail de médicaments, qui « éduque » le système immunitaire à contrôler le vih en l'absence de traitement. Pour les patients séropositifs cela pourrait être une révolution. Pour beaucoup d'entre eux cela signifierait la fin de l'esclavage de la prise des médicaments à vie. Un groupe de chercheurs de l' Institut de la santé (ISS) a en effet mis au point une nouvelle thérapie, basée sur une sélection de médicaments, qui «enseigne » à l'organisme à contrôler le virus. Les tests effectués sur des singes ont donné d'excellents résultats, et tout est prêt pour débuter les essais sur l'homme, mais il reste à résoudre le « nœud » lié au financement.


L'expérimentation. L'étude italienne, publiée ce jour dans PLOS Pathogènes, ouvre la possibilité d'un arrêt définitif du traitement pharmacologique pour la vie. Médicaments que les patients sont aujourd'hui contraints à assumer pendant toute leur vie. Coordonnés par Andrea Savarino, les chercheurs de l'ISS ont mis au point un cocktail spécifique de médicaments, administré pendant une période limitée, qui a été capable d'induire dans l'organisme l'auto-contrôle de l'infection chez les animaux suite à la suspension de la thérapie. " Nous avons administré aux macaques le cocktail pendant environ six mois, puis les thérapies ont été suspendues - explique Savarino- qui depuis 2008 fait de la recherche sur le VIH -. Depuis 9 mois les macaques, qui sont sous observation et auquels aucune thérapie n'est plus administrée, répondent bien. Une donnée positive, puisque les mois de vie chez les macaques correspondent à plusieurs années de vie chez l'homme".

Pour l'instant, il s'agit d'une expérimentation et des tests cliniques seront effectués pour vérifierles résultats de la recherche. "Le modèle d'étude sur les primates est le meilleur existant, mais il pourrait y avoir quelques différences par rapport à l'homme - ajoute Savarino -. Il y a un bon potentiel pour que ces résultats puissent être adaptés à l'homme, mais pour donner une évaluation finale des essais cliniques sont cruciaux".

Où le virus se cache. L'objectif, a expliqué Savarino, était d'éliminer le virus directement dans ses réservoirs, dans les «sanctuaires» où il est gardé. "Il y a deux types de réservoirs:. le premier est un point de l'organisme que les médicaments ne parviennent à atteindre correctement et où le virus continue à se multiplier Le deuxième type est composé de cellules où se trouve le génome du virus dans un état que l'on pourrait définir «presque endormi» - dit Savarino -. Mais il peut se réveiller et c'est pour cela qu'il est nécessaire de continuer à prendre des médicaments ".

"Pour agir dans le premier réservoir, nous avons réussi à intensifier la thérapie avec 5 médicaments, et ainsi de nous nous sommes aperçus que la réplication du virus s'inhibait. Dans le second cas nous avons utilisé le maraviroc, qui limite la prolifération des compartiments cellulaires où réside le virus « caché », et le composé à base de sels d'or l'auranofine - ajoute Savarino -. Il est également important de noter, précise l'expert, " que tous les médicaments utilisés ont déjà été approuvés pour une utilisation clinique chez l'humain, ce qui facilite le passage de l'expérimentation du modèle animal aux essais cliniques".

Le virus s'affaiblit. "C'est la première fois - souligne Savarino qui a commencé cet essai en 2010 -. qu'une stratégie pharmacologique produit des effets stables sur le contrôle de la maladie. Après l'arrêt de la thérapie - explique-t-il - le virus essaie " d'éluder " le contrôle immunitaire mais il est constamment repoussé à de faibles niveaux. Il s'ensuit que la charge virale, suite de l'arrêt du traitement, se maintient à des niveaux nettement plus faibles par rapport à ceux précédent le traitement".

Financement. L'étude ouvre la voie à un remède définitif contre le vih. Cela signifierait également une économie considérable en termes de coûts pour les médicaments et pour les services de santé. Reste, à ce stade, un seul, un grand problème: jusqu'à présent, l'étude a été entièrement financé par l'ISS. On pourrait commencer les essais sur l'homme "dès 2013, mais des financement supplémentaires sont nécessaires pour faire face aux coûts", a déclaré Savarino. En 2012 d'autres expériences sur les macaques seront réalisées. La question, à l'heure actuelle est encore ouverte. Les prochains mois seront décisifs.