le 20-03-2013 à 12h30

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Jean Wilson Martial est séropositif, en phase terminale. À l'approche du Sidaction et de sa mort, il a contacté la rédaction du Plus pour partager son expérience. Lui qui n'a pas souhaité suivre de traitement antirétroviral se sent toutefois investi d'une mission de prévention et espère que son témoignage permettra d'abattre les préjugés autour du VIH.

Vendredi dernier, le 15 mars, mes médecins m’ont dit qu’ils souhaitaient que je sois encore en vie la semaine prochaine. J’ai le sida et, à 28 ans, je suis en train de vivre mes derniers instants. Comme je suis très croyant, je n’ai pas peur.

À l’hôpital, j’ai rendez-vous toutes les semaines avec un aumônier catholique. Je redécouvre les textes sacrés et prie avec lui. Ça m’apaise. J’ai aussi un rendez-vous hebdomadaire avec le psychologue. Ce n’est pas facile mais j’essaie de tenir. Après tout, c’est la vie : on va tous mourir un jour, j’ai juste pris un raccourci.

Seul face à la maladie

Cela fait trois ans maintenant, depuis que j’ai arrêté la trithérapie, que je réfléchis à ma mort. Je ne regrette rien. Mes médecins n’acceptent pas mon choix. Mon compagnon non plus. Mais ils le respectent. Face à la maladie, on est seul : il n’y a que moi qui puisse décider et savoir ce dont je suis capable. Et, en toute honnêteté, je n’accepte pas de vivre avec le VIH.

Je ne veux pas, lorsque je fais l’amour, avoir cette peur de contaminer mon ami. Cette impression d’être habité, rongé par quelque chose à l’intérieur de moi, c’était trop pour moi. J’ai senti que je n’avais pas la force de lutter contre tout ça.

J’ai pris des médicaments pendant plusieurs mois. La fatigue, les nausées, les vomissements, les maux de tête, tous ces effets indésirables primaient. Ce n’était pas une vie. Malgré la trithérapie, des maladies endormies se sont réveillées : j’ai dû être opéré quatre fois pour qu’on m’enlève des polypes précancéreux au niveau du côlon, puis j’ai appris que j’avais des soucis au cerveau.

Pour ne pas créer de multirésistances au virus, le traitement doit être pris de manière très rigoureuse. Plutôt que de le prendre à demi, mieux vaut l’arrêter complètement. C’est le choix que j’ai fait parce que je ne me sentais plus exister. Je souffrais trop.

Combattre les préjugés

Même si je n’accepte pas la maladie dans ma vie, mon but n’est pas de dire aux personnes qui ont le VIH d’arrêter les traitements. Mon taux de CD4 est aujourd’hui inférieur à 100, je n’ai plus de défenses immunitaires et je vais mourir bientôt, notamment parce que je n’accepte pas de vivre avec cette maladie. Mais, même en phase terminale, je souhaite témoigner pour combattre les préjugés qui l’entourent.

J’ai beaucoup souffert des a priori sur le VIH, au sein de ma famille notamment. Mes parents, par peur d’être contaminés, ont une fois pris ma brosse à dents et l’ont mise à l’autre bout de la salle de bain. Des gens ont peur de me faire la bise.

Je me sens investi d’une sorte de mission. Ce que je donne, c’est mon expérience et mon vécu. Si ça peut permettre à des gens d’être au courant de la façon dont cette maladie se transmet, tant mieux.

Moi, j’ai appris que j’avais le VIH le 7 septembre 2009. Quand le médecin m’a dit que j’étais séropositif, j’ai vu ma vie basculer et surtout je n’ai pas compris ce qu’il m’arrivait. En pleurs, je lui ai dit que je n’avais jamais pris de drogues et que je m’étais toujours protégé. Ce que je ne savais pas, c’est que le virus se transmet aussi lors de la fellation.

Ne pas avoir honte d’être séropositif

Dans la salle d’attente du service d’infectiologie de l’hôpital de la Croix-Rousse de Lyon, les gens portent des lunettes de soleil et des casquettes pour qu’on ne les reconnaisse pas. Alors qu’il n’y a pas de honte à être malade.

Mais le regard des autres, le poids que la société fait peser sur nous, séropositifs, est difficile. S’entendre dire que le VIH est une punition divine parce qu’on est homosexuel, ça ne devrait plus exister. Les parents doivent être là pour leurs enfants et les accepter tels qu’ils sont.

J’ai décidé de ne plus suivre de traitement. Pour moi, ce n’est pas un abandon face à la maladie, c’est une décision réfléchie. Certains voient ça comme une forme de suicide. Mais le péché est-il dans le suicide ou dans cette société qui fait qu’on ne se sent pas accepté lorsque l’on est malade ?

Comme l’écrivait saint Paul, le corps est le temple de l’esprit. Aujourd’hui, mon corps est ma prison et je vais le quitter sans regret. J’ai déjà organisé mes obsèques ; je serai enterré au cimetière de Rillieux-la-Pape. J’ai eu le temps de vivre une belle histoire d’amour, de voyager, de rencontrer des gens de tous les pays. Et j’espère que mon message de prévention me survivra.