28 mars 2013

Asmaa

 

En 2011, le sida a coûté la vie à un millier de personnes. Victimes silencieuses d'une maladie que la société égyptienne rejette avec horreur. Cette même année, plus de 5.000 enfants ont été privés de leur famille, dans l'indifférence générale.

Un film raconte cette histoire « secrète ».

Selon les statistiques de l'UNICEF, la population entre 15 et 24 ans ne connait pas le sujet et 4,8% des femmes et 18,3% des hommes révèlent être au courant du mode de transmission du virus. Ce n'est donc pas un hasard si en 2011, Al-Jazira a publié un article au titre perturbateur "Briser le silence sur le VIH en Egypte".

Et en effet, quelqu'un, à partir de 2011, s'est bougé pour rompre le silence en réalisant un film. Le long-métrage est intitulé "Asmaa", du nom du personnage principal du film dirigé par Amr Salama. Tiré d'une histoire vraie, le film affronte le drame d'une femme positive au vih qui doit lutter contre l'hostilité de la société qui l'entoure pour briser le mur du silence et l'indifférence qui isole les malades du sida du reste du monde.

Au cours du film, à celle de Asmaa s'ajoutent beaucoup d'autres histoires de familles entières détruites par le VIH et abandonnées à elles-mêmes, et comment la protagoniste est rejetée par ses collègues qui votent pour son licenciement après avoir pris connaissance de sa maladie. Mais après ses débuts sur le grand écran (qui a eu lieu en 2011), quelque chose a commencé à changer en Égypte et aujourd'hui même les grands quotidiens nationaux (par exemple al-Misr al-Youm) commencent à briser le tabou.

En particulier le débat qui s'est ouvert sur les services médicaux fournis aux patients atteints du vih, que de nombreux médecins refusent de recevoir ou d'opérer. Une condition parfaitement rendue par ce film, dans lequel Asmaa est contrainte de subir les pharmaciens qui vendent des substances illicites, les médecins qui essaient de l'embrouiller ou qui enquêtent sur sa vie privée pour savoir comment elle a contracté le vih, pour ensuite mettre sa moralité en cause.

Mais le film est aussi une histoire d'amour. Celle entre Asmaa et son mari Mosaad, qu'elle ne quitte jamais, malgré qu'il lui ait transmis le virus. En revanche, cependant, quand elle aura besoin d'aide, peu seront ceux qui la soutiendront. La recherche d'un médecin pour l'opérer, l'argent pour couvrir les dépenses, les humiliations constantes accompagnent la protagoniste tout au long de l'histoire.

Un film qui a le mérite d'éclairer une zone sombre de la société égyptienne, qui a reçu de nombreux prix, dont une mention spéciale à l'Oran Film Festival et la première place au Festival International du Film d'Abu Dhabi. En Europe, l'avant-première a été organisée par le London International Film Festival.

Asmaa 2011