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Au moment où plusieurs études révèlent la stigmatisation abusive des victimes du Sida dans la société française, des experts protestent contre les idées reçues à ce sujet. La voix qui porte le plus est certainement celle du médecin-chercheur, co-découvreur du virus et enseignant à l’hôpital Raymond Poincaré de Garches, Jacques Leibowitch, qui publie un livre court mais percutant intitulé Pour en finir avec le sida

La recherche progresse, les discours persistent

Ce livre paraît en effet au moment même où l’association Aides alerte l’Organisation internationale du travail en signalant que, parmi les 152.000 personnes atteintes du VIH-sida en France, 46% seulement sont acceptées dans la vie active. Quelques jours plus tôt, une étude de l’Institut de Veille Sanitaire publiée dans le Bulletin Epidémiologique Hebdomadaire révélait l’insuffisance "inacceptable" de la prévention en milieu carcéral, où les pratiques à risques seraient totalement taboues.

Pour Michel Simon, vice-président d'Aides, "le sida aujourd'hui n'a rien à voir avec le sida d'il y a vingt ans. Les choses ont énormément bougé et la société n'a pas bougé."

Explications de l'expert Jacques Leibowitch

Une thèse que le spécialiste Jacques Leibowitch développe très largement dans son livre à travers plusieurs arguments.

Le préservatif ne suffit plus. Pour ce médecin, il faut entièrement revoir les modes de prévention contre le sida et dépasser le stade du "préservatif", qui n'est plus utilisé de façon assez systématique pour protéger de la contamination. "Les paroles volent, explique-t-il, les contaminations insistent ! Des millions de condoms, vendus, distribués, volés, et des contaminations soutenues, dans des chaînes et des réseaux sexuels ininterrompus. Après vingt-cinq années d’injonctions et de campagnes sur l’usage que l’on aurait dû en faire dans les lieux à hauts risques comme les saunas et les back rooms, là où le speed sexuel aurait pu trouver son écho dans le préserve hâtif, force est de le constater : la balance penche vers la désaffection du groupe pour le transparent hévéatique". Mais alors, comment se protéger contre ce virus qui traumatise le monde depuis plus de 30 ans ?

Ne pas favoriser les risques. Avant tout, explique le médecin, certaines mesures d’hygiène peuvent s’ajouter à l’usage du préservatif pour ne pas favoriser la contamination. La circoncision, d'abord, qui, comme on le sait depuis plusieurs années, atténue les risques. Puis, aussi étrange que cela puisse paraître, l’utilisation du savon. "Tout semble le dire, affirme le médecin, la contamination par voie muqueuse est absolument dépendante des concentrations de virus déposé localement et, sans doute, de la durée d’exposition de la muqueuse aux sécrétions souillées (…) Laver, savonner, rincer, sécher, ce sera toujours ça de virus EN MOINS".

Vers une autre prévention. Enfin, et c’est l’un des messages phares de ce livre : il faut adapter le discours préventif à la réalité sanitaire et comprendre que les traitements antiviraux permettent des relations intimes non protégées sans risque avec un partenaire séropositif. "Une personne séropositive ne souffrant d’aucune autre MST et suivant un traitement antirétroviral avec une virémie entièrement supprimée, précise le bulletin des médecins suisses cité par l'auteur, ne transmet pas le VIH par voie sexuelle, c’est à dire qu’elle ne transmet pas le virus par le biais de contacts sexuels".

Appel aux consciences et à la justice. "Les tribunaux, poursuit ce même communiqué, devront tenir compte du fait que les personnes séropositives ne souffrant d’aucune autre infection sexuellement transmissible et suivant un traitement antirétroviral efficace ne transmettent pas le VIH par voie sexuelle lorsqu’ils évalueront le caractère répréhensible d’une contamination au VIH". Un changement de jurisprudence qu’il est urgent, selon Jacques Leibowitch, d’inscrire au programme d'un futur "Grenelle pour le sexe contre le SIDA". L’appel est lancé !

http://www.myboox.fr/actualite/sida-le-preservatif-est-depasse-selon-jacques-leibowitch-10031.html