interview

Arnaldo Caruso

9 mars 2014- Arnaldo Caruso, directeur de la Section de Microbiologie de l'Université de Brescia, n'est heureusement pas, un cerveau en fuite. En Italie, il est à la tête d'un groupe de chercheurs qui a terminé la première phase d'essai d'un vaccin thérapeutique contre le vih.

Caruso développe son programme scientifique en étroite collaboration avec Robert Gallo, le découvreur dans les années quatre-vingt du fameux virus qui provoque le sida. Son vaccin thérapeutique cible un "morceau" du virus, la protéine p17 avec l'objectif de démonter l'ensemble de la " machine de guerre " que le virus mobilise contre le système immunitaire humain.

Professeur, c'est quoi cette p17 ?

La p17 est l'une des protéines qui constitue le virus et qui à mon avis est protagoniste d'une vaste action de trouble du système immunitaire. Nous pouvons imaginer le système immunitaire comme un grand orchestre et la réponse immunitaire comme une mélodie: dans le déficit immunitaire il se produit une action, comme si certains composants de l'orchestre sont devenus fous, d'une manière chaotique, produisant des notes complètement dissonantes. Et voici que le trouble d'une harmonie fait que l'immunité n'agit plus comme un ensemble, mais de manière désordonnée et inefficace contre les agents pathogènes.

Jusqu'à quel point s'étend le sabotage effectué par la p17 ?

Par la p17 le virus propage dans l'organisme un poison qui accélère la manifestation des maladies qui sont liées au vih, telles que les maladies du système cardiovasculaire, les maladies neurologiques et probablement certaines tumeurs.

Dans vos recherches, vous collaborez avec Robert Gallo, découvreur du virus avec Luc Montagnier.

Bien sûr, Gallo, qui a d'abord été sceptique sur le programme de recherche sur la p17 a ensuite voulu répéter mes expériences dans ses laboratoires et avec un remarquable esprit d'honnêteté scientifique a changé d'avis: il a écrit des pages très intéressantes dans lesquelles il reconnaît l'importance cruciale de la p17. Maintenant, nous agissons en étroite collaboration.

Mais en l'état, qu'avez-vous démontré exactement?

A travers l'étude de phase I de l'expérimentation du vaccin nous avons constaté avec une grande satisfaction que les personnes positives au vih auxquelles le vaccin a été administré, acquièrent la capacité de produire des anticorps neutralisants la p17. De cette façon, nous retenons que nous avons fourni à ces personnes une arme de plus et peut-être déterminante pour pour garder le virus sous contrôle et surtout toutes les terribles maladies qui lui sont liées sur le long terme.

Votre pari est donc de démontrer que cette protéine est la piqûre du scorpion , qui supprimée, peut rendre le virus inoffensif ?

Vous avez centré la question, mais gardez à l' esprit que l'attaque menée par le virus contre le système immunitaire est multifactorielle, pour laquelle on ne peut pas simplifier le discours. Le fait est qu'en neutralisant la p17, le vih serait comme un ennemi mutilé. Considérez aussi que des études américaines, d'il y a quelques années avaient déjà mis en évidence que certaines personnes qui ont des anticorps circulants dirigés contre la p17 ont un parcours de la maladie plus favorable que celles qui ne les ont pas ou les ont perdus au fil du temps. Dans la pratique, aujourd'hui, à la lumière de nos expériences, nous pouvons affirmer que la présence d'anticorps vers la zone fonctionnelle de la p17 ( AT20 ) devrait conduire les patients à un stade de vie avec le virus qui pourra les définir comme " long term non progressor" des patients qui vivent très longtemps, même en l'absence de médicaments, avec une quantité de virus dans le sang qui n'augmente pas de façon exponentielle. Et peut-être que la clé se trouve ici ....

Prochaines étapes?

Nous sommes en contact avec plusieurs pays d'Afrique, où le vih est épidémique, pour lancer la phase II / III impliquant des centaines de bénévoles dans l'administration du vaccin . À la fin de 2015, nous espérons, avec un peu de chance, compléter ces étapes.